Le Chemin Côtier Portugais
Armenteira > Vila Nova de Arousa - 24 km
Mardi 24 Septembre 2024

13ème étape

 

La Beauté réside dans l'oeil
de celui qui contemple.


Oscar Wilde

 



Aujourd'hui, le parapluie est ma protection contre les intempéries...



C'est vraiment la "Route de l'Eau"...


















Les coins secrets de la Galice...












Les treilles tout au long du parcours...








       
En Galice, les calvaires jalonnent le chemin...








Chacun se protège comme il peut...

 










J'arrive au bord de la Ria de Arousa...



C'est marée basse et le spectacle est grandiose !








  La passerelle qui mène à l'entrée de Vilanova de Arousa


Le port



Et le soir au soleil couchant...




                    
Quelques personnages sur la Paseo au bord de la Ria

                    
 

Profil de l'étape

Vilanova de Arousa


    Mardi 24 septembre
    Chemin Portugais par la côte - Variante Espiritual
    Route des pierres et de l'eau
    13ème étape de Armenteira à Vilanova de Arousa - 24 km

    La douce pluie de Galice, compagne aimée du Pèlerin, s'est transformée aujourd'hui en une amante
    déchaînée ! Bien abrité sous mon parapluie dont j'ai fini par trouver le bon réglage, j'ai dû affronter
    pendant toute la matinée de fortes pluies, ce qui m'a amené à faire la première partie de cette étape
    en suivant la route et de ce fait je n'ai pas pu suivre la "Route des pierres et de l'eau". J'étais prévenu
    par le guide de Gérard du Camino que cet itinéraire passait par un sentier jonché de grosses pierres
    et de racines rendant la marche parfois hasardeuse... Et je pense dangereuse par forte pluie...
    J'ai donc choisi la sécurité au détriment de la découverte de ces 33 moulins à eau sur un rio parfois
    fougueux appelé Rego da Armenteira.

    J'ai donc marché pendant 12 km sur une route avec un peu de circulation dans un environnement
    constitué en majorité par des vignes en treilles et quelques champs de maïs..
    À mi-étape j'ai fait une pause dans un bar ou une jeune femme très sympathique m'a proposé un
    espace pour poser mon sac et si besoin enlever mes chaussures pour changer de chaussettes, car malgré
    le Gore-Tex elles commençaient à être trempées. Pour la deuxième partie de l'étape, j'ai suivi l'itinéraire
    de la Variante qui passait par des petites routes et était tout à fait praticable. Peu à peu la pluie a diminué
    puis s'est arrêtée alors que j'étais à 6 km de l'étape.

    L'arrivée au bord de la Ria de Arousa est agréable. Je retrouve les embruns océaniques, les petites plages
    et toute cette ambiance propre à ces côtes galiciennes.
    J'avais réservé un hébergement où il y a machine à laver et à sécher, ce qui tombe bien après une journée
    de pluie. De plus, mon hôtesse s'est occupée de la réservation pour le bateau que je dois prendre demain
    "La Barca del Peregrino" qui permet symboliquement de suivre en bateau la Ruta "Traslatio" aussi appelé
    Ruta Xacobea maritimo-fluvial , "chemin" emprunté par la barque de pierre qui, selon la légende, amena
    le corps de Saint-Jacques jusqu'à Ira Flavia.

     

 


    Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
    Octobre 2025

    De Caldas de Reis  à Vilanova de Arousa - 21 km
    La Revanche du Solitaire…


    Le petit matin à Caldas de Reis sentait la promesse et la poudre. Non celle des cartouches, mais celle,
    plus subtile, des décisions mûrement prises. Adieu à la «Coquetterie Pèlerine» des marcheurs du dimanche
    en quête de reconnaissance.

    Assez ! Assez des « moutons pèlerins » marchant en cohorte, enfilade mécanique qui tue le sens profond
    de la quête ! Assez des « bofs » et des « gougeas » grossiers, confondant le chemin de sainteté avec un
    terrain de drague où l'on s'essaie à séduire la « Catholique » égarée.
    Et que dire des zappeurs d’étapes, ces fanfarons qui s'arrogent une gloire imméritée,
    ne trompant qu'eux-mêmes sur l’authenticité de leur voyage ?
    Leur sac à dos étant devenu sans doute trop lourd de cette mascarade grossière. ..

    Sur l’oreiller, cette nuit, tandis que la fatigue de la veille s’estompait, l’évidence s’était imposée à moi,
    nette et tranchante comme la lumière d’un phare dans la nuit. Michel d'Auzon , mon ami du chemin ,
    m'avait interpellé hier :
    « Pourquoi ne pas reprendre la Variante Spirituelle de Pontevedra vers Vilanova de Arousa ? »
    J'avais souri. Je l'avais déjà parcourue en 2019, venant de Lisbonne. Mais la vérité, c'est que je
    ne m'attendais pas à cette foule, cette marée humaine des cent derniers kilomètres.

    J’avais signé le « Pacte du Silence ».

    Le moment de la sécession était venu. Alors, dans l’intimité bleutée de l'aube naissante, j'ai saisi mon
    portable, non pour poster une photo ou un message, mais pour un acte de rébellion cartographique pure.
    Fini les sentiers balisés !
    J’ai ouvert mon application Wikiloc comme un grimoire, à la recherche d’un itinéraire pédestre,
    une nouvelle ligne jaune s’est tracée sous mes doigts, délaissant le chemin balisé des flèches jaunes
    de Compostelle pour le chemin que j’avais choisi.

    Mon objectif : Ponte Arnelas, point de jonction avec l’itinéraire de cette voie spirituelle que je voulais
    mienne, et non celle de la foule bigarrée des pèlerins des 100 km. Ma journée me comblât au-delà de
    mes espérances.

    Elle fut un hymne au silence et à la solitude. Vingt kilomètres durant, les seules conversations furent
    celles de mes pieds avec la terre et les pavés du chemin. Le cœur de la Galice verte s’est révélé à moi
    dans son intimité que le chemin officiel ne peut plus offrir. La forêt tapissée de mousse et de fougères
    m’a murmuré ses accords parfaits entre pierres, végétation luxuriante et l’eau. Les vignes de la région
    produisent souvent des vins de cépage Albariño, Loureira et Caíño blanc et elles m'ont salué au passage
    d'une inclinaison de leurs sarments cramoisis.

    Et puis, la rencontre, l'unique, sur ces chemins secrets. Non un pèlerin au badge et à l’ego surdimensionné,
    mais un homme simple, figure de la terre : un chasseur entraînant son jeune braque. Un instant partagé,
    un salut échangé, un « Buen días » et un regard qui comprenait ma quête du jour, non pas de la distance,
    mais de l’authenticité. Nous étions deux solitaires, partageant le même respect du territoire et de la nature.

    Vers la Mer Intérieure.

    La solitude de ce jour était un baume, une Mer Intérieure dont le dénivelé n’était qu’un simple jeu de
    vallons et de chemins encaissés le long de la rivière. Le point culminant de cette étape a été la confrontation
    spectaculaire entre le Ponte do Currucho (pont romain ancien et moussu) et le viaduc autoroutier moderne
    (béton, rapide, froid).

    Le Pont Ancien chuchote le temps de l'homme et du rythme de la marche.
    Le Viaduc Moderne hurle le temps de la machine, de l'urgence et de l'oubli. À chaque pas, je me libérais
    des agacements des jours précédents remplacés par la certitude d'être enfin sur mon chemin.
    Fini les esprits inconstants et ignorants qui ne savent pas que «T’es toi quand tu marches…»
    dans les deux sens du terme « Tais-toi quand tu marches » ( Ferme ta gueule) comme dirait un ami pèlerin.

    Ces personnes qui considèrent un silence comme un affront où une marque de mépris alors qu'il n'est que
    paix et tranquillité... Et lorsque le sel de la Ría de Arousa a finalement mordu l'air, et que l'on distinguait
    les premières «bateas» au loin, la victoire n'était pas celle des vingt kilomètres que j’avais parcourus, mais
    celle de la liberté retrouvée. Je n'avais pas besoin de « tricher » pour arriver au but. J'avais retrouvé l'essence
    profonde du voyage, celle qui échappe aux « fanfarons » et qui ne se négocie qu'avec soi-même.

    Vilanova de Arousa m'attendait, non pas comme une étape, mais comme un refuge, un havre de paix gagné
    par la volonté d'un cœur qui avait choisi de ne plus suivre les autres. À l’arrivée nous ne sommes que trois
    pèlerins à l’Albergue municipale de Vilanova de Arousa.

    Victoire du pas de côté et de la volonté sur l'uniformité. Le chemin, le vrai était là, celui que j'aime inscrit
    dans une carte à déchiffrer et dans l'âme du pays.
    Aujourd'hui, le Chemin était silencieux, et solitaire, c'était merveilleux.
     

 


    Hébergement "Apartamentos Arco de Vella"
    Rúa Hortas, 23 - Vilanova de Arousa
    TOP !
    Super appartement moderne et fonctionnel
    Machine à laver et à sécher
    Bon accueil et de plus l'hôtesse s'occupe de la réservation
    du bateau "Barca del Pergrino" pour l'étape du lendemain.
    5 coquilles



     

 

 


Ponferrada / Villafranca del Bierzo
 J’ai marché pour deux jeunes femmes prodigieusement belles.
Celles qui sont frappées dans leur chair


Que la Lumière soit !
(Pentecôte)


Ce jour est un jour de lumière,
Dans les cieux, sur les monts.
Aux coteaux rougeoyants,
Les vignes paressant
Mûrissent au soleil
Les vendanges promises

Lumière de l’esprit
Eclairant tous les hommes
Avides de savoir.
Avides de comprendre
L’universalité

Lumière de vos corps,
De vos yeux,
De vos pleurs

Frappées dans votre envol
Jeune fille, jeune mère,
Lumière vacillante
Aux rives de douleur

Mais cet après-midi,
L’esprit bat la campagne.
Alors, je pense à vous
Dans mon cheminement,
A vos combats vainqueurs
A vos mats de cocagne
A votre acharnement
Jeune fille en colère,
A votre dénuement
Jeune femme en douceur

Que la lumière soit
Toujours sur votre route
Et qu’elle vous apporte
Réconfort et chaleur,
Qu’elle reste tapie
Au seuil de votre porte
Qu’elle efface les doutes
Et réchauffe vos cœurs.


Villafranca del Bierzo, le 30 Mai 2004

Alain Puyssegur

 

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