Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
Octobre 2025
De Vigo à Redondela – 16,5 km
Le réveil à Vigo fut un retour amer à la réalité. Le chemin ne tient pas toujours ses promesses de liesse
et d'émotions positives. Oui ! Il peut y avoir des jours sans sur le chemin. Après une journée de repos,
le corps, loin d'être totalement régénéré, se préparait à affronter l'humidité persistante de la pluie du jour
et le ciel bas qui enveloppait la ville et le port.
Le petit-déjeuner à l'hôtel Casablanca, rapide et fonctionnel, toasts grillés, croissant, beurre et confiture,
m'offrit un dernier moment de confort avant de m'engager dans le tumulte urbain et pressé du lundi matin.
Le ciel gris plombé, miroir de l'humeur des pèlerins, déverse une pluie fine, tenace.
La traversée de Vigo fut une épreuve, de trottoirs en trottoirs, sous les lumières blafardes des lampadaires
qui luttent encore contre le jour naissant, tandis que les premières silhouettes de passants se hâtent vers
leurs tâches du jour, indifférents à la marche lente et réfléchie du Camino. La ville se révèle sous un jour
brut, faite de béton, de bitume, de trafic et de l'éclat humide des rues grouillantes.
Progressivement, la trace des flèches jaunes s'écarta du centre ville pour emprunter les chemins de traverse,
loin des quais hérissés de grues et de conteneurs maritimes laissant derrière elle les couleurs vives des
maisons en bord de mer. Le chemin se transforma, épousant le tracé d'une ancienne voie ferrée réhabilitée
en parcours de santé et sentier de pèlerinage. C'est à présent, une longue ligne droite, de plusieurs km,
de montées et de descentes, bordée de verdure malgré la grisaille. La pause des 10h dans un bar avec une portion de tortilla fut la bienvenue.
Le chemin reprend le long de la nationale, monotone et bruyant, se faufilant entre le trafic et le garde-fou,
sur un long ruban bitumé qui offre un répit visuel lointain au-dessus de la Ria sur le pont suspendu de Rande
qui se perdait dans les nuages bas. Au large de la baie de Vigo, chaque barge, du parc flottant de production
de moules, peut produire jusqu'à 200 tonnes, un produit AOC, auquel il faut 18 mois de culture pour être
propre à la consommation. C'est un des produits phares de la baie de Vigo et, en général, de la Galice.
Elles sont typiquement cuites à la vapeur.
Malgré l'humidité persistante qui pinçait et s'infiltrait parfois sous ma cape de pluie, mon corps reprend son rythme, un mouvement méditatif déconnecté au milieu du bruit du trafic. Après avoir passé un porche
marqué "Chapela Redondela" le paysage se fit plus rural, les montées de traverse plus franches. Après cette
courte étape de transition d'une petite vingtaine de kilomètres, l'arrivée à Redondela fut un changement
d'ambiance total. La petite ville, nichée au creux des viaducs ferroviaires, est un véritable carrefour d'âmes pèlerines en errance.
Ici, la variante côtière du Caminho da Costa Portugēs rejoint le Camino Central, multipliant soudain le
nombre de pèlerins. Les rues résonnent des conversations et des cliquetis des bâtons sur les pavés.
Des groupes, fraîchement débarqués pour les "100 derniers kilomètres", apportent une énergie nouvelle
au chemin, mêlée à l'épuisement silencieux de ceux qui viennent de plus loin.
L'Albergue des Pèlerins, la Casa da Torre, une élégante maison de pierre historique est un havre de paix
bien mérité. Le froid et l'humidité de la journée s'effacèrent devant la promesse d'une douche bien chaude
et d'un lit confortable. L'odeur du linge mouillé et des pieds fatigués emplissait l'air, mais cela fait partie
de l'ambiance réconfortante du Camino. Le corps endolori trouvait enfin le repos, soulagé par quelques
massages à l'huile d'arnica pour le préparer aux jours de marche à venir sur les traces de Saint-Jacques...
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