Le Chemin Côtier Portugais
Ramallosa > Vigo - 23 km
Vendredi 20 Septembre 2024

9ème étape

 

Je dormais et je rêvais que la Vie n'était que Joie.
Je m'éveillais et je vis que la Vie n'est que Service.
Je servis et je compris que le Service est Joie.
 

Rabindranath Tagore

 




Je vois au loin la ville de Baiona que j'ai traversée hier,
dont les lumières se reflètent sur l'océan...










Les longs bancs de sable découverts à marée basse...





Mes premiers pèlerins du matin...






Déclinaison en gris et bleu...









Marée basse...





La pluie s'est invitée et j'ai installé mon parapluie...



Une suite de tableaux...








L'itinéraire se déroule entre plages et campagne verdoyante...









Quelques traversées de plages...






Le décor ne cesse d'émerveiller...

















Un Calvaire de Marins...



Les derniers kilomètres avant d'arriver à Vigo...










 
Une bâtisse jacquaire couverte de coquilles...


Un petit port de tourisme à l'entrée de Vigo...


Zone portuaire...



VIGO





 

Profil de l'étape


    Vendredi 20 Septembre
    Chemin Portugais par la côte - Senda Litoral
    9ème étape de Ramallosa à Vigo - 23 km

    Je quitte l'Albergue à 7h. Il fait encore nuit, mais les rues sont bien éclairées.
    Je trouve un bar ouvert pour prendre mon petit-déjeuner et ensuite je rejoins le paseo qui  longe l'océan,
    paseo que je vais suivre pendant un bon moment... Je vois au loin la ville de Baiona que j'ai traversée hier,
    dont les lumières se reflètent sur l'océan... Je côtoie de belles plages agrandies par la marée basse.

    La pluie, douce compagne du pèlerin, s'invite à cette chevauchée matinale. Les capes recouvrent les
    sacs à dos des pèlerins qui me dépassent... Quant à moi, j'installe mon parasol-parapluie qui ne s'adapte
    pas très bien sur le modèle de ce nouveau sac que je porte et qui me fait marcher avec une vision réduite
    de ce qui est devant moi... 

    Pour faire court, l'itinéraire emmène de bord de plage en bord de plage, avec des grimpées assez raides,
    une belle montée d'escaliers, la traversée de quelques zones résidentielles, le côtoiement de routes avec
    plus ou moins de circulation et de belles perspectives sur cette côte sud de la Galice que je découvre...

    La pluie n'a pas duré longtemps et la température est agréable avec un ciel encore bien gris.
    À mi-étape, un bar ouvert me permet de faire une pause et de rencontrer une jeune autrichienne de Vienne.
    Avant d'arriver à Vigo, il y a de nouveau un long paseo qui longe une succession de belles plages, de bars
    et de cafétérias.

    La suite, c'est-à-dire l'entrée dans cette grande ville est moins agréable, avec les ronds-points à traverser,
    la circulation assez intense et la recherche de l'itinéraire pour trouver l'hébergement.
    Il est 14h, les enfants sortent des écoles et comme c'est vendredi, c'est la fin de cette première semaine
    d'école en Espagne. 
    J'arrive dans la partie basse de Vigo et je prends un petit funiculaire qui m'amène dans la partie haute
    de la ville, où j'ai mon hébergement dans un petit hôtel.

    Vigo qui compte près de 300.000 habitants est un important port de pêche.

     

 


    Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
    Octobre 2025


    Vigo - Impression du jour....


    Aujourd'hui je m'offre une journée de repos, de décantation.
    Il pleut des cordes sur Vigo.. La Voix de l'Océan, le secret de la barque de pierre et l'ancre de l'Écriture...
    Le Camino Portugués de la Costa n’est pas un sentier comme les autres, s’il mène aussi à Compostelle,
    c’est la Voie Originelle, la Voie Spirituelle, une véritable symphonie des éléments, vous accompagne
    tout le long.

    Tandis que d’autres chemins s’enfoncent dans la terre, celui-ci s’ouvre à l’immensité liquide, là où la brume
    salée et les embruns iodés, vous remplissent le poumons et constituent le seul voile entre le marcheur et
    l’infini. Dès les premières lueurs, l'aube sur l'Atlantique dévoile une beauté sauvage qui déchire le cœur par
    sa brutalité et le reconstruit par son invitation à la méditation. Les longs chemins de planches de bois qui
    longent la côte,  frôlent les vagues et enjambent les dunes, offrent des perspectives de vue inouïes, uniques
    sur le paysage.

    Spectateur privilégié à la lisière des mondes, le pèlerin écoute. À chaque pas, sa propre plainte s'éteint,
    submergée par le chant grave et incessant de l'océan : Une mélopée tantôt douce, effleurant les plages de
    sable fin d'un murmure paisible, tantôt d'une grande violence, s'écrasant avec fureur contre la stoïcité des
    récifs. C'est le royaume du silence primordial, un silence primordial où les seules voix admises sont celles
    des éléments et des oiseaux de mer : Le souffle du vent, le ressac de la vague, et le cri strident, presque
    métallique, des goélands, sentinelles ailées de l'océan.

    Face à cette puissance élémentaire, l’âme est mise à nu. L’introspection n’est plus un effort, elle devient une
    nécessité, un réflexe de survie spirituelle. L’océan, sans fin, devient le miroir de l’être. Combien de vagues
    pour éteindre mes doutes ? Combien d’écumes pour purifier mes peurs ? Mais il y a un autre chemin qui
    s’ouvre ici : Celui de l'écriture et du sens des mots. Chaque kilomètre parcouru est une page qui se tourne,
    et le carnet de notes, devient le réceptacle des émotions trop fortes pour le silence, des sensations trop fugaces
    pour la mémoire seule.

    Comment dire l'éclat de ce phare qui déchire le crépuscule ? Quel mot saisir pour décrire cette fatigue qui,
    curieusement, allège l'âme ? L'écriture est l'ancre jetée dans ce flux de découvertes. Elle révèle la forme et le
    fond de la transformation qui s'opère. Dans ces moments, ma plume est ma véritable compagne, fidèle témoin
    de la force retrouvée. Au fil de mes chemins, la frontière entre les pierres du chemin et les mots en vrac pour
    décrire mes émotions s’est abolie : L'écriture est devenue, littéralement, le chemin lui-même.
    Mes doigts sur le clavier ou la plume sur le papier prolongent le mouvement de mes pas.
    C’est une marche immobile, où je revis l’éclat des rencontres, la morsure du vent, le goût du dépassement.

    Si la marche est l'Aventure, l'Écriture en est la respiration continue, l'écho perpétuel qui empêche le souvenir
    de s'effacer. Et puis, sur le chemin il y a les rencontres qui prennent alors un relief nouveau. Le sourire échangé
    avec un pèlerin espagnol ou le récit d'un pêcheur portugais ne sont pas de simples anecdotes, ce sont des
    esquisses d'humanité que les mots tentent d'immortaliser, de rendre universelles. Le chemin de Compostelle
    devient ainsi un atelier littéraire et philosophique à ciel ouvert, où le verbe lutte pour capturer la beauté brute
    du monde. Ce Chemin est avant tout une expérience de la beauté, une esthétique brute où les plages dorées
    succèdent aux falaises rugueuses, mais sous cette splendeur éclatante, gît une dimension plus profonde,
    celle de la voie spirituelle et ésotérique.

    Selon la légende, Saint Jacques est revenu non par la terre, mais dans une barque de pierre miraculeuse,
    naviguant contre toutes les logiques des lois de la nature. Le long du Camino da Costa, cette légende prend
    tout son sens. La mer n'est plus seulement un paysage, elle est le chemin mythique, l'élément par lequel le
    corps du saint a accompli son dernier voyage. Le pèlerin qui s'engage sur le Chemin Portugais de la Côte
    ne suit pas seulement un trait sur une carte, il s'inscrit dans les traces d'un mythe, celles d'une légende aux
    multiples perspectives dont l'écho est plus philosophique qu'historique.

    Marcher face à l'océan, c'est embrasser la nature même de la foi : une progression déraisonnable sur un
    élément instable. La légende de la Barque de Saint-Jacques, arrivée miraculeusement à Iria Flavia, n'est
    pas une simple fable, c'est un archétype puissant, une clé ésotérique ouvrant la compréhension du chemin
    spirituel. Philosophiquement, cette barque de pierre qui ramena Jacques en Galice, symbolise la victoire de
    l'âme (la pierre, matière terrestre densifiée, donc le corps transformé) sur la matière brute (l'océan, symbole
    du chaos, de l'inconscient et des épreuves de la vie). Le Chemin de la Côte nous force à accepter que le salut
    ne vient pas toujours de la force de nos bras pour ramer, mais de l'abandon confiant à une force supérieure.

    Nous marchons sur la rive, mais nos pensées naviguent au-delà, méditant sur la nécessité de l'improbable.
    Esthétiquement, la barque est un symbole de passage, l'équivalent solaire du char funéraire égyptien.
    Elle représente le véhicule de la transmutation et de la renaissance.
    Le pèlerin qui suit la côte revit inconsciemment ce rite de passage.
    Il est l'homme qui, pour atteindre la Lumière (Compostelle, Campus Stellae), doit d'abord se dépouiller
    dans le milieu liquide et sauvage de l'inconscient. L'océan devient alors le grand purificateur, le creuset
    où l'être ancien se dissout pour laisser place à l'être renouvelé. Chaque pas sur le sable ou le long des rochers
    n'est pas seulement un effort physique, c'est une adhésion à l'idée que le voyage le plus important est celui
    qui s'effectue sans rame, sans carte, juste guidé par l'intuition et l'énergie des lieux.

    Le Chemin de la Côte est l'itinéraire de ceux qui cherchent la Beauté dans la Force et la Vérité dans la légende,
    acceptant que pour avancer, il faut parfois se fier à la pierre pour flotter. Le pèlerin ne marche pas vers
    Saint-Jacques, il navigue vers lui-même. L'océan est un sanctuaire, le vent une bénédiction, et l'écriture,
    une méditation. On ne fait pas que marcher vers Compostelle, on revit la traversée mystique, cherchant le
    mot juste pour nommer ces moments à la fois fugaces, mais au combien imprégnés dans la chair de l’âme.
    C'est là, entre le fracas des vagues et l'horizon infini, que le pèlerin trouve la plus pure expression de la
    beauté et de la force, tout en donnant un sens profond à ce qu'il vit.

    La mer est une maîtresse exigeante, elle offre le danger et la grâce, la solitude et la communion
    avec le cosmos. Elle rappelle que la vraie destination n'est pas une cathédrale de pierre, mais cette
    rencontre intime et bouleversante avec l'immensité qui nous habite, et les mots sont les phares qui
    nous guident,vers le retour à soi.
     

 


    Hébergement à l'Hôtel Vigo Plaza à Vigo - Progreso, 13
     Petite chambre avec salle de bains
    Central, bien situé, proche de la sortie vers Redondela
    petit-déjeuner inclus
    4 coquilles



     

 

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León - Villadangos del Paramo
J’ai marché pour l’enfant, celui qui doit grandir…

Petit


J’ai marché sur une route rectiligne
Sans attraits, sans sourires.
Au cheminement urbain
A succédé la zone industrielle
Et la platitude des friches.
À l’horizon,
Le ciel se confondait avec la terre,
Il l’écrasait de son empreinte nuageuse
Lourde de promesses
De grêle et de pluie.
La fraîcheur cependant bienfaisante
A accéléré le rythme de mon pas…
Et j’ai pensé à toi,
Toi mon petit bonhomme.
Dès la première étape de ton chemin,
Bats-toi !
Chasse tous les démons
Qui pervertissent l’âme,
Avilissent le corps
Et enferment l’esprit.
Sois ouvert ! Prudemment,
Mais reste le ‘Sésame’
Ne refusant jamais
D’entendre les amis.
Sois bon, sois généreux,
Reste toujours toi-même
Mets ton pas dans le mien,
Et puis ferme les yeux

Comme par ce jour gris,
Soudainement le terme
Eclabousse la vie
D’un ‘havre’ merveilleux.


Villadangos del Paramo le 26 mai 2004

Alain Puyssegur
 

 

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