Samedi 27 Août 2016 :  Zamarramala >
Sta Maria la Real de Nieva  (33 km)

 

Étape 7/38

 

    Elsa

    Tandis que je parlais le langage des vers 
    Elle s'est doucement tendrement endormie 
    Comme une maison d'ombre au creux de notre vie 
    Une lampe baissée au coeur des myrtes verts

    Sa joue a retrouvé le printemps du repos 
    Ô corps sans poids pose dans un songe de toile 
    Ciel formé de ses yeux à l'heure des étoiles 
    Un jeune sang l'habite au couvert de sa peau

    La voilà qui reprend le versant de ses fables 
    Dieu sait obéissant à quels lointains signaux 
    Et c'est toujours le bal la neige les traîneaux 
    Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables

    Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis 
    Qu'elle reste pareille aux marches du silence 
    Qui m'échappe pourtant de toute son enfance 
    Dans ce pays secret à mes pas interdit

    Je te supplie amour au nom de nous ensemble 
    De ma suppliciante et folle jalousie 
    Ne t'en va pas trop loin sur la pente choisie 
    Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble

    J'ai peur éperdument du sommeil de tes yeux 
    Je me ronge le cœur de ce cœur que j'écoute 
    Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route 
    Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux.

    Louis AragonLes Yeux d’Elsa (1942)


  Ce n'est pas que j'aie vraiment peur de mourir,
mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera
.

Woody Allen




Arrivée en vue du pueblo de Valseca...


Soleil, feu qui émerge comme d'un volcan...


La Iglesia de Valseca


Longues pistes... champs moissonnés...



Le rio Eresma forme une coulée verte au milieu de ces immensités agricoles...




Les chiens gardiens du troupeau






Les tas de paille bien alignés...


La bouteille d'eau glacée pour me rafraîchir !





La sève des pins qui s'écoule est recueillie dans ces godets


Voilà la forêt de pins... Chaque arbre est muni de son godet...


Le parapluie peut aussi servir pour se protéger de l'ardeur des rayons solaires...


Longue chevauchée dans ce décor modelé par les mains d'un artiste géant  !


La Iglesia monasterio Nuestra Señora de la Soterraña de Santa Maria la Real de Nieva


Le Cloître


Un grand verre de Tinto de Verano pour un moment de réconfort !

 
 
Une soirée ordinaire dans un pueblo espagnol...

    Je quitte l'Albergue à 6h30. Je vais suivre une longue piste qui s'allonge pendant plusieurs
    kilomètres au milieu de grandes étendues céréalières, itinéraire propice à la déclamation de
    poèmes... Je retrouve ces belles couleurs de fin d'été comme celles que je contemplais sur le 
    Camino de Levante ! Le soleil se lève peu après la traversée du premier pueblo, Valseca.

    En me retournant j'aperçois au loin la Sierra de Guadarrama que j'ai traversée il y a 2 jours,
    avec au premier plan de nombreuses montgolfières qui sont comme de gros papillons
    multicolores
    qui se balancent au gré du vent...

    Je croise un troupeau de brebis entouré de nombreux chiens avec le berger qui marche en tête.
    J'ai un peu d'appréhension, mais les chiens m'ignorent et j'en aperçois 2 autres qui sont un peu
    sur la hauteur... Ils n'ont pas l'air agressifs et je passe mon chemin en toute tranquilité...

    À la sortie du 2ème pueblo, Los Huertos, je m'arrête pour faire une pause dans un square.
    Un homme vient à ma rencontre et me propose une bouteille d'eau glacée que j'accepte
    volontiers, car il commence à faire très chaud ! Après l'avoir passée sur toutes les parties de
    mon corps et même sur les pieds, je repars en la gardant sous le bras pendant un moment
    avant de la déposer au pied d'un ermitage.

    C'est maintenant un itinéraire vallonné avec ici et là des bosquets d'arbres. J'arrive ensuite
    sur une Via Verde, qui est une ancienne voie ferrée. Je vais la suivre pendant 3 kilomètres
    en longeant le Rio Eresma sur ma gauche. Je suis bien tenté d'aller me baigner, mais vu la
    longueur de l'étape je préfère continuer la marche...

    Je traverse ensuite un grand bois de pins sur lesquels sont attachés des godets pour récolter
    la résine. J'aperçois au loin le
    pueblo de Añe où par chance je trouce un bar ouvert !
    Je vais boire 2 cocas avec des olives et du chorizo, je remplis ma gourde d'eau fraîche et je
    mets dans la poche qui est à l'intérieur de mon sac quelques glaçons ce qui me permettra
    d'avoir de l'eau fraîche jusqu'à la fin de l'étape.

    Il reste encore 15 kilomètres à parcourir et le soleil tape fort sur ces longues pistes qui  s'étirent
    au milieu de ces immensités agricoles parsemées ici et là de quelques champs de tournesols.
    Arrivé au pueblo suivant,
    Pinilla Ambroz
    , je trouve plusieurs fontaines où je vais m'asperger
    et remplir une fois encore ma gourde. Il doit y avoir une fête dans ce village, car il y a du monde
    qui va et vient... Je trouve un banc à l'ombre et j'en profite pour rafraîchir mes pieds qui
    commençaient à souffrir !

    Les derniers 8 kilomètres par cette forte chaleur sur ces pistes interminables sont éprouvants...
    je vais suivre les conseils de mon ami Gilbert et ouvrir mon parapluie pour me protéger un peu
    des rayons brûlants du soleil... Heureusement par moments il y a quelques nuages et un peu de
    vent ce qui est bien appréciable !

    J'arrive à Santa Maria à 16h30, je bois une cerveza bien glacée, je téléphone au propriétaire de
    l'Albergue qui vient m'ouvrir le local. Après le rituel, douche, lavage et repos, je monte au centre
    de cette localité. C'est samedi, il y a un mariage avec du monde devant l'église.
    Avant que la cérémonie ne commence, j'en profite pour visiter l'église et le cloître.
    Je fais ensuite quelques courses, je bois un Tinto de Verano avant le dîner.
    Un dernier verre de Pacharan, avant d'aller me coucher...

    La nuit sera peu reposante à cause de la chaleur qu'il fait dans l'Albergue.


Le Cloître de Santa Maria la Real de Nieva
 

 


Hébergement  à l'Albergue Privado de Santa Maria la Real de Nieva
Equipement sommaire - 6 lits avec des sommiers inconfortables
Il fait très chaud - Peu d'aération
Prix pour la nuit : Donativo
(2 coquilles)
 


    Un jour, un jour

    Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime
    sa protestation ses chants et ce héros
    au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
    à Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

    Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu
    emplissant tout à coup l'univers de silence
    contre les violents tourne la violence
    Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

    Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
    un jour de palme un jour de feuillages au front
    un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
    un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

    Ah je désésperais de mes frères sauvages
    je voyais je voyais l'avenir à genoux
    la Bête triomphante et la pierre sur nous
    et le feu des soldats porté sur nos rivages

    Quoi toujours ce serait par atroce marché
    un partage incessant que se font de la terre
    entre eux ces assassins que craignent les panthères
    et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

    Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
    un jour de palme un jour de feuillages au front
    un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
    un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

    Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
    des manières des rois et de front prosternés
    et l'enfant de la femme inutilement né
    les blés déchiquetés toujours des sauterelles

    Quoi les baignes toujours et la chair sous la roue
    le massacre toujours justifié d'idoles
    aux cadavres jeté ce manteau de paroles
    le baillon pour la bouche et pour la main le clou

    Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
    un jour de palme un jour de feuillages au front
    un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
    un jour comme un oiseau sur la plus haute branche.


    Louis Aragon

 

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