Le Chemin Côtier Portugais
Padrón > Santiago - 22km
Jeudi 26 Septembre 2024

15ème étape

 

La Quête (Extrait)

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part.

Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal.
Tenter, sans force et sans armure,
d'atteindre l'inaccessible étoile...


Jacques Brel

 



                             
La Visitation de la Vierge                                        Calvaire à la sortie de Padrón


Église de Ira-Flavia


Les traces laissées par les pèlerins au pied du Calvaire

         


Horréos et Lavoir





Passage sous les vignes en treilles...



Quelques beaux passages en forêt...

            



Cela fait penser à une Voie Romaine...



Une halte à cet espace pèlerins qui propose boissons, gâteaux et fruits...

            
2 beaux calvaires...




            
Entre vieux chêne, horréo et cascade...




           
Cheminement très agréable sur ces longues pistes en forêt...

           
...On approche (10 kilomètres)...




            
Les pèlerins se suivent, me doublent, s'arrêtent et je les redouble...




                        



Cinq kilomètres...



On entre dans Santiago...

           
Les ruelles qui mènent vers la Cathédrale...

            
Et voilà, pour la huitième fois j'arrive devant la Cathédrale de Compostelle !



La Plaza del Obradoiro





           
La photo traditionelle...

           



Selfie avec un pèlerin belge...


La Nef centrale de la Cathédrale

                       
Statue de Saint Jacques                                                       Statue de la Vierge à l'enfant

 
Le Chœur de la Cathédrale avec la statue de Saint-Jacques


La Plaza de la Quintana à l'est de la Cathédrale

                   



L'entrée du Parador de Santiago considéré comme le plus ancien hôtel d'Espagne

     
        La façade sud de la Cathédrale (La Plaza de las Platerias)


Le Portail des Orfèvres (Portail des las Platerias)

       
  La Porte Sainte                                              La Fontaine des Chevaux

      
Saint Roch entre 2 statues de Saint Jacques

                                      
 

 

Santiago de Compostela

Saint Jacques de Compostelle

Profil de l'étape


    Jeudi 26 septembre
    Chemin Portugais par la côte - Senda Litoral
    15ème étape de Padrón à Santiago - 22 km.

    Dans la nuit, il pleuvait des trombes d'eau et je me demandais comment j'allais gérer cette étape...
    Puis vers 6h, ça s'est calmé, et je suis parti avec la frontale vers 7h sous une pluie fine qui n'a pas duré.

    Est-ce que ce sont les archanges qui ont entendu mon invocation ?
    Je ne sais pas, mais contre toute attente et malgré les prévisions météo qui annonçaient de fortes pluies
    toute la journée, l'étape s'est déroulée dans de bonnes conditions avec seulement quelques averses qui
    n'ont pas duré plus de 15 minutes... et je suis arrivé à Compostelle sous un beau soleil !

    Belle étape, très variée avec des passages sur des petites routes qui traversent plusieurs localités,
    quelques cheminements en forêt, des zones agricoles, beaucoup d'horreos et de calvaires, une belle
    statue de Saint-Roch dans l'église d'Escravitude et tout le long des bars ou des espaces pèlerins qui
    proposent boissons, gâteaux et fruits...

    Il y a quand même une bonne suite de dénivelés, comme pour éprouver le pèlerin dans les derniers
    kilomètres de sa pérégrination...

    J'arrive devant la Cathédrale à 14 h et spontanément un pèlerin belge qui a marché depuis la Belgique
    me propose de me prendre en photo comme c'est la tradition de faire cette photo devant la Cathédrale...

    J'ai réservé une chambre à l'Hospederia San Martin Pinario (Seminario Mayor).
    Après une bonne douche, un peu de rasage et un rangement de mes affaires, je fais un tour dans la
    Cathédrale que je connais bien, puisque c'est la 8ème fois que j'arrive à Compostelle.

    Tout est payant maintenant, Portique de la Gloire, Crypte pour voir le tombeau de Saint-Jacques
    passage derrière le maître-autel et la statue de Saint-Jacques...
    Quand je pense, il y a quelques années, on pouvait rentrer dans la cathédrale avec son sac à dos,
    admirer le Portique de la Gloire et descendre se recueillir devant le tombeau de Saint-Jacques...

    Pour la Compostela, j'irai à l'ouverture demain matin avant d'aller prendre mon bus.
    Voilà la fin de cette aventure pour cette année...

    La Rota Vicentina (Sentier des Pêcheurs) au sud du Portugal
    et le Chemin du Portugal par la côte à partir de Porto !
    4 semaines de marche...
    À 82 ans, ma carcasse a tenu bon, mes pieds ont un peu souffert, mais sans plus,
    et mon sac à dos n'a pas pesé trop lourd...

    J'ai fait de belles rencontres, découvert de magnifiques paysages sur les bords de l'océan,
    apprécié la gastronomie des régions traversées et j'ai retrouvé ces moments d'incantation poétique
    qui sont le fil rouge de mes pérégrinations.

    Lors de cette dernière soirée j'ai enregistré 2 poèmes sur YouTube :
    "Madrigal à la ville de Saint-Jacques" de Federico Garcia Lorca.
    Et "Le mot et la chose" de l'Abbé de Latteignant.


    Ultreïa !
     

 


    Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
    Octobre 2025

    De Padrón à Santiago 22 km.

    Le chemin s'éveille à Padrón, non pas comme une simple fin, mais comme le début d'une ultime révélation,
    une étape de 22 kilomètres ciselée pour l'âme. Dès les premières lueurs, le corps se tend et se prépare pour
    les grimpettes qui s'annoncent, forgeant l'abnégation nécessaire avant l'absolution. Le sentier se faufile,
    intime et vibrant, entre les ceps des vignes galiciennes, puis s'enfonce dans l'odeur poignante et camphrée
    des forêts d'eucalyptus, un parfum d'ailleurs qui purifie l'air et les pensées.

    On traverse de minuscules villages de pierres, où les siècles se sont figés dans l'humilité des façades,
    et le murmure des lavoirs qui bordent le « chemin de l'eau », une artère de vie où le passé des Lavandières
    Galiciennes semble encore laver leur linge. C'est dans cette partie du chemin que le mythe prend corps,
    car Padrón est le rivage sacré où la barque de pierre, échappée des mers, aurait accosté, portant la dépouille
    de l'apôtre Saint-Jacques après son martyre à Jérusalem.

    C'est le lieu du
    "Pedrón" lui-même, conservé sous l'autel de l'église de Santiago, la pierre-autel qui donne
    son nom à la ville et attache à jamais ce lieu au destin chrétien. Il faut se souvenir de l'histoire tumultueuse
    de cet accostage : Comment les disciples de Jacques, Théodore et Athanase, durent solliciter l'aide de la
    farouche Reine Lupa, souveraine païenne. Cette dernière, d'abord hostile, les envoya vers des épreuves
    mortelles au Pico Sacro – un dragon, des taureaux sauvages – cherchant à détruire leur mission.

    Mais les miracles du signe de croix brisèrent la malice, convertissant Lupa. Telle la matrice sombre et
    nécessaire, elle fut vaincue par la lumière divine, permettant au corps du Saint de reposer, peut-être dans
    les ruines de son propre château, le Castro Lupario, dont les vestiges jalonnent encore ce chemin.

    Mais au delà de l'histoire, il y a sur ce chemin les rencontres, les partages, autant de moments d'humanité
    qui réchauffe le cœur. Cette étape a été riche à ce niveau : D'abord il y a eu Pierre et Christine de Bordeaux,
    de bons marcheurs, bien rodés qui fêtait leur 40 ans de mariage. Puis Florent de Livignac, ce jeune cuisinier
    de 27 ans, plein de rêves et de projets, qui a fait le choix de faire le chemin sans argent. Pêcheur lui aussi,
    comme l'apôtre Jacques, il venait de se faire a midi, un festin avec une truite.
    À Santiago, c'est Tristan de Roanne qui me proposa de me prendre en photo. Depuis 3 mois sur le chemin
    ce jeune de 26 ans est parti suite a une rupture familiale. Je pense désormais qu'il a trouvé sa voie. Et enfin,
    Raoul et Sam un couple Philippin en admiration de nos histoires de pèlerinage qu'ils sont venus découvrir
    en nous disant : " Peut-être l'année prochaine tenterons-nous l'expérience".

    Progressant vers le Nord, chaque pas est un adieu et une attente. Les vieilles églises et les silences des petits
    cimetières sont des rappels constants de la fragilité humaine et de la quête d'éternité qui anime le pèlerin.
    À O Milladoiro – dont le nom évoque le locus humiliationis (le lieu de l'humilité) – le cœur s'emballe,
    car l'âme pressent la fin : C'est le point où, jadis, l'on apercevait enfin les flèches tant rêvées de la Cathédrale,
    s'agenouillant d'émotion et de gratitude pour le chemin accompli. C'est une dernière montée vers le Campo
    da Estrela, le Champ de l'Étoile, là où l'ermite Pelayo fut guidé par la lumière céleste vers le tombeau de
    l'apôtre.

    Ce nom, Compostela, n'est pas seulement un lieu géographique, c'est une lumière qui répond à l'obscurité
    du monde, une promesse divine après l'épreuve terrestre. Ce dernier tronçon est le plus riche en valeurs
    symboliques : Il y a d'abord l'inversion des sceaux du Christ car la fin, n'est qu'un début.
    Padrón, c'est l'acceptation du sacrifice et de la mort terrestre de l'apôtre.
    Santiago, c'est la gloire de sa Résurrection et la perpétuation de sa mission.
    Ce n'est pas une fin, mais la culmination d'une mue profonde.
    Le pèlerin qui arrive n'est plus celui qui est parti.

    Il a marché vers sa propre essence, réalisant que le grand voyage est la marche du corps vers la conscience
    de l'Etre. La Praza do Obradoiro nous reçoit, dans l'immense foyer de pierres travaillé par les hommes à la
    majesté du Saint. C'est là que s'arrête la fatigue et commence la contemplation. Seul devant le SEUL selon
    la formule. Face au pèlerin, s'élance la majesté de la Cathédrale qui n'est pas un point final, mais le portail
    monumental " la Porte de la Gloire" qui s'ouvre sur le véritable pèlerinage.

    Le dernier kilomètre, franchi avec les genoux tremblants et le cœur vibrant, n'était qu'une préparation,
    l'ultime épreuve avant la révélation finale. Le pèlerin pensait chercher une tombe, une relique.
    Il a trouvé une Renaissance.
    Car le Chemin est désormais en lui. Il a tressé ses racines dans la voûte plantaire, gravé ses paysages sur la
    rétine de l'âme, et tissé ses silences dans la trame de sa patience, pas après pas. Ce n'est plus une ligne tracée
    sur une carte, mais une topographie intérieure. Imaginez cette transformation comme une alchimie secrète.
    Le bourdon (le bâton de marche), que l'on dépose peut-être contre la pierre de l'Obradoiro, n'était qu'un
    support physique. Sa fonction de soutien représente sa force – la stabilité qu'il nous a offerte sur les terrains
    incertains, est devenue la nouvelle colonne vertébrale de notre volonté.

    La coquille de Saint-Jacques, jadis signe extérieur de notre quête, se rétracte maintenant, pour ainsi dire,
    et se mue en une forme parfaite au creux de notre poitrine. Elle est le sceau d'une nouvelle identité :
    Celle d'un être qui sait où se trouvent ses vraies sources, qui a appris l'humilité des auberges et la grandeur
    des levers de soleil solitaires.

    Je suis entré à Santiago chargé de kilomètres, de doutes et de vœux.
    J'en suis ressorti allégé de l'inutile, enrichi d'une seule certitude : La vraie direction n'est plus devant moi,
    elle est rayonnante à l'intérieur. Le pèlerinage qui commence n'a plus besoin de flèches jaunes ni de bornes
    kilométriques. Il s'appelle Vivre. Il s'agira d'appliquer maintenant la lenteur des matins de marche aux
    tumultes du quotidien, de retrouver la solidarité des albergues au milieu de l'indifférence urbaine,
    de savourer chaque gorgée d'eau comme la source miraculeuse d'une fontaine.
    Le "fin" de la marche est le "début" d'une vigilance nouvelle.
    La promesse n'était pas la fin du voyage, mais l'inauguration d'une marche sans fin où l'âme est son propre
    Chemin.
    Je suis à présent la Cathédrale, l'Obradoiro, la Reine Lupa et l'Étoile tout à la fois.
    Va maintenant, pèlerin !
    Le monde t'attend, et le Chemin continue, il est, désormais, à toi et en toi
    .

    Ultreia! — Il faut aller au-delà.  
    RC 26/20/2025
     

 

 


    Hébergement au Seminario Mayor San Martin Pinario
    3 C/ Plaza Immaculada - Santiago de Compostela
    Chambre avec salle de bains
    Dîner et petit-déjeuner sur place
    4 coquilles


     

 



 Le Botafumeiro

 


 Le Champ de l'Étoile - Santiago
 
Fille de Lumière


Je ne saurai jamais ton nom !
Nous nous sommes croisés
Plusieurs fois sur le chemin…

Tu étais jeune,
Douce, patiente,
Tolérante, lumineuse

Le hasard a voulu
Que nous nous rencontrions
Une dernière fois

C’était dans la Cathédrale
De Santiago

Tu étais émue,
Et tu reposais ton visage
Sur l’épaule d’un beau garçon
Qui t’allait bien !

A l’instant du partage,
Spontanément dans cette foule
Nous sommes allés
L’un vers l’autre
Pour un baiser fraternel

A la fin de la cérémonie
Nous restions immobiles
Encore chavirés par l’émotion

Je songeais
A tous ceux que j’aime intensément
Mon cœur cognait dans ma poitrine

De mes yeux embués
Des larmes coulaient
Silencieusement !

Alors, tu t’es approchée de moi
Et dans un geste tendre et filial
Tu m’as caressé lentement la joue
En essuyant mes larmes au passage

Puis, nous nous sommes étreints
Longuement

Nous nous sommes séparés
Tu avais un doux sourire
Sur les lèvres
Je ne saurai jamais ton nom
Mais, je t’appellerai
Claire, Blanche, Aurore, ou Lucie…
Merci, fille de Lumière


Le Champ de l'Étoile 
Santiago le 7 juin 2004


Alain Puyssegur
 

 

Retour à la page des étapes