Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
Octobre 2025 De Vila Praia de Âncora à Guarda (Espagne) - 15 km
Des Brumes du Portugal à
l'Espagne. Vila Praia de Âncora et la Cime Celtique de Santa Tecla de Guarda.
La
lumière naissait à peine, ourlant d’or le ciel de Villa Praia de Âncorā, le
petit port de pêche était encore endormi. Chez la belle allemande
Hannah venue s'expatrier avec son fils au Portugal, on profite d'un ultime et
vivifiant élan de l'âme portugaise en dégustant un petit-déjeuner.
Mais l'appel
du Chemin nous tirait de ce moment délicieux. Nos pas s'engagent maintenant sur la croisette
piétonnière de la baie frappée par les assauts incessants des vagues, puis se
firent plus pressés, vers l'horizon atlantique. L'aube ce matin-là sur la côte,
est une promesse de belle journée. J'avoue qu'on a de la chance depuis notre
départ de Porto : Que du beau temps tous les jours ! Les premiers kilomètres
s'étirent doucement, plats et magnifiques, plus faciles après les 100 premiers
km que l'on vient de parcourir depuis notre départ de Porto. J'en profite pour
ralentir le pas et me mettre dans l'état d'une marche méditative, rythmée par
le ressac et le cri des mouettes, les poumons gorgés de cet air pur, mélange subtil de résine de pin et d'iode
marine. Le chemin, tantôt piste battue, tantôt ponton de bois suspendu
au-dessus des dunes fragiles, et de quelques sous-bois de pins et de chênes,
déroulait son ruban le long des plages avec des paysages et des spectacles
d'une beauté inouïe.
Après quelques kilomètres, je m'arrête près d'une grève recouverte
de galets pour édifier quelques "cairns" annonymes en l'honneur de notre passage.
Nous traversâmes, tels des fantômes matinaux, des bourgades endormies, laissant
derrière nous les ruines mélancoliques du petit fort à Vila Praia de Âncora.
L'étape, bien que courte et régulière ne céda jamais à la monotonie. Après une marche très cool, c'est à l'heure où
le soleil s'approchait du zénith que nous atteignîmes Caminha. Là, au confluent
solennel du Rio Minho et de l'océan, la petite ville historique offrait son
refuge, face à l'énigmatique Fort d'Ínsua, promesse d'une rive
nouvelle et d'un nouveau chemin...
C'est près de l'embarcadère des "Taxis-Boats"
que Roberto Angelo nous accueille pour nous proposer un tampon à la cire sur
notre credential. Roberto Angelo vit sur le Chemin depuis plus de 10 ans avec
sa petite chienne York, sa tente et son énorme sac a dos. C'est un type super.
Il a fait le tour de tous les Chemins d'Espagne, du Portugal et d'Italie, jusqu'au
Tibet... Une vie choisie d'errance et de rencontres. Comme il le dit dans son
jargon "Stop and Walking", Le Minho est là. Ce
fleuve majestueux était la ligne de partage, le point de bascule. À Caminha
s'achevait le Portugal, et commençait l'Espagne.
Le chemin nous imposait cette
traversée, défi symbolique et très agréable d'une frontière naturelle.< Délaissant
la longue boucle terrestre, de l'estuaire que l'on venait de traverser...
Monter à
bord du petit esquif fut un soulagement, l'instant suspendu d'une attente
comblée. La traversée ne dura qu'un quart d'heure, au milieu des flots élargis
par l'océan, le vent se fit plus âpre, et l'âme sentit l'intensité du passage.
Le Minho s'élargissait en un estuaire immense, et sur l'autre berge, la Galice
se dessinait, abritant la ville de A Guarda. Le débarquement sur le sol
espagnol, à Camposancos, fut la fin de la traversée qui fut une étape en soi. Le Portugal n'était plus qu'un souvenir doux derrière le miroir changeant de
l'eau.
À A Guarda petit port de pêche accroché à la montagne, le Chemin se
redressa brutalement. Après les kilomètres de plat, se dresse le Monte Santa
Tecla (ou Santa Trega) qui abrite les ruines d'un village celtique, témoignage
d'une présence humaine antérieure de milliers d'années à la construction du
village celte, reliant le sommet à une spiritualité immémoriale et tellurique. Le
Monte Santa Tecla but ultime de notre étape, n'est donc pas une fin, mais un
point culminant où se rencontrent le voyageur moderne et les fantômes d'une
civilisation engloutie. De cette belle étape, je garderai surtout le souvenir de
Roberto Angelo ce "vagabond du chemin" qui est un archétype puissant
de bonté, de générosité et d'humilité : Un homme qui se met volontairement (ou
non) en marge pour embrasser l'incertitude, faisant de chaque pas le seul
horizon.
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