Samedi 3 Septembre 2016 : Medina de Rioseco >
Cuenca de Campos  (22 km)

 

Étape 14/38

 


    La Parole s'installe dans la gorge, dont elle ouvre les portes.
    Le Souffle s'assemble dans la poitrine, dont il distend les côtes.
    Or le Souffle cherche à sortir, et la Parole a ouvert l'orifice de la gorge.
    La parole sensible a son siège dans l'appareil vocal.
    Chaque son, chaque mot, lorsque je l'imagine, dispose cet appareil d'une façon particulière ;
    Il me suffit alors d'envoyer à travers mon larynx et ma bouche l'air emmagasiné dans mes
    poumons, pour émettre ce son, pour prononcer ce mot.

    La substance de la parole est donc l'énergie respiratoire, le sens de la parole lui est imposé
    par le mot imaginé et, plus loin que le mot, par l'idée saisie à l'occasion du mot.

    C'est une parole tendant incessamment vers la Parole absolue qui prépare ainsi les organes
    de l'élocution chez le poète. C'est cette absolue Parole-non-parlée qui est le sens véritable du
    poème. C'est ce Mot imprononçable qui, sous la pression du souffle impatient, se déforme
    jusqu'au point où il imprime à l'appareil vocal une disposition telle que le souffle puisse
    s'échapper. Autrement dit, le souffle pour se libérer exige que la Parole imprononçable se
    dégrade peu à peu jusqu'à devenir prononçable, fonctionnant comme une soupape de sûreté
    pour le trop plein de l'Évidence qui risquerait de tuer le poète.

    D'autre part, puisque c'est juste au moment où le Mot devient prononçable qu'il est prononcé,
    la parole poétique est, de tous les modes humains d'expression, nécessairement le plus juste,
    le plus proche de la parole absolue.


    René Daumal - Extrait n°24 de « Clavicules d’un grand jeu poétique - Contre-ciel
     


La mort, c'est comme un bateau qui s'éloigne vers l'horizon.
Il y a un moment où il disparaît.
Mais ce n'est pas parce qu'on ne le voit plus qu'il n'existe plus.


Marie de Hennezel

 








Moment magique... les couleurs de l'aube... un sourire d'éternité...






Le baiser du soleil, amant fugitif ou maîtresse aux cheveux de feu...






Le pueblo de Berrueces


A l'entrée de ce pueblo, pigeonnier ?


Chaque jour, je croise un troupeau de moutons...


Courage ! Longue piste qui semble n'avoir pas de fin !


Le pèlerin accablé de chaleur, mais ivre d'espace !


Vastes horizons... immensités de champs de céréales moissonnés...


J'arrive en vue de Cuenca de Campos, l'étape du jour


Tournesols grillés...


    Je quitte l'Albergue à 6h15. Je traverse la ville et vais au Bar Riosol prendre mon petit-déjeuner.
    Ensuite, j'emprunte un chemin agricole qui suit la N601 pendant quelques kilomètres avec
    quelques passages herbeux au milieu des champs de céréales jaunis et grillés par le soleil d'été !

    Après le pueblo de Berrueces que je longe, j'arrive à l'Ermita de Pedrosa où il faut prendre la
    branche de droite qui est signalisée (Le Guide m'indiquait de prendre la branche de gauche - Rectificatif envoyé à Gérard du Camino).
    Encore une longue piste pour arriver à Moral de la Reina où j'espère trouver un Bar, mais pas
    de chance, il est fermé ! Je fais une pause à l'ombre et à la sortie du village, je demande à un
    villageois de l'eau, car les 2 litres emportés ce matin  sont presque épuisés et j'ai encore neuf
    kilomètres à parcourir sous un soleil de plomb !

    De nouveau, longue piste poussiéreuse avec une succession de dos d'âne qui donnent le
    sentiment d'un chemin qui ne finit jamais... C'est le moment de la répétition de mantras
    pour me mettre en décalage par rapport à l'épreuve physique que la chaleur impose et trouver
    au fond de moi une nouvelle énergie...

    A trois kilomètres de Cuenca de Campos, je fais une pause à l'ombre d'un groupe d'arbres
    qui sont les bienvenus. A l'entrée du pueblo, je suis rattrappé par une espagnole qui marche
    avec un sac léger sur le dos et fait juste 2 étapes au cours du week-end. Nous allons au bar
    faire tamponner notre Crédenciale et demander qu'on nous ouvre l'Albergue...
    et boire une cerveza bien glacée comme il se doit !

    Cette compagne de quelques minutes disparaît alors et je vais seul m'installer dans cette
    Albergue qui est immense, et où j'ai le choix du dortoir et du lit. Je reçois un message de
    Jean-Marc et Dorothée, pèlerins de la Moselle que j'ai perdu de vue depuis plusieurs jours,
    qui me préviennent de la présence de punaises dans cette Albergue.
    Je sors mon attirail (Des huiles essentielles) et en pulvérise abondamment le matelas, mon
    drap et l'intérieur et l'extérieur de mon sac à dos...
    Efficacité de mon produit ou fausse alerte, je ne connaîtrai pas les ravages de ces insectes...

    Repos, photos, FB, carnet, puis courses dans le village et Tinto de Verano.
    J'attends 21 h pour aller dîner dans le seul restaurant de cette localité.
    (Bodega La Tata). Vino de Ribeira et Pacharan avant d'aller plonger dans le monde des rêves...

     

 

Cuenca de Campos
 

 

Hébergement à l'Albergue Municipale
Vaste (24 lits), bien équipée avec salle de bains,
cuisine, salon, télévision
Prix pour la nuit : 6 euros
(4 coquilles)

 


    D'un fruit qu'on laisse pourrir à terre, il peut encore sortir un nouvel arbre. 
    De cet arbre, des fruits nouveaux par centaines. 

    Mais si le poème est un fruit, le poète n'est pas un arbre. 
    Il vous demande de prendre ses paroles et de les manger sur-le-champ.
    Car il ne peut, à lui tout seul, produire son fruit. 
    Il faut être deux pour faire un poème.

    Celui qui parle est le père, celui qui écoute est la mère, le poème est leur enfant.
    Le poème qui n'est pas écouté est une semence perdue.

    Ou encore : celui qui parle est la mère, le poème est l'oeuf et celui qui écoute
    est fécondateur de l'oeuf.
    Le poème qui n'est pas écouté devient un oeuf pourri. 


    René Daumal 
    Les dernières paroles du poète (Extrait) - In « Contre-ciel »

     

 

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